Acheter l’or le 1ᵉʳ août, le revendre le 1ᵉʳ mars : trente-six ans de test
Une règle simple et souvent répétée : l’or monterait de l’été à l’hiver, et stagnerait le reste de l’année. Nous l’avons appliquée telle quelle à trente-six cycles, de 1990 à 2026, et comparée à la seule stratégie qui demande encore moins de travail — acheter une fois et ne plus rien toucher.
Sur les trente-six cycles complets, la stratégie saisonnière transforme 1 000 $ en 6 552 $. Celui qui a acheté le même jour et n’a plus rien fait en a 13 418 $ — deux fois plus, sans passer un seul ordre.
| Stratégie | Performance totale | Annualisée | Volatilité | Plus forte baisse |
|---|---|---|---|---|
| Acheter en août, vendre en mars | ×6,55 | +5,42 % par an | 10,45 % | −27,04 % |
| Investi en permanence | ×13,42 | +7,57 % par an | 13,81 % | −40,68 % |
La règle testée, mot pour mot
Chaque 1ᵉʳ août, on achète de l’or au comptant. Chaque 1ᵉʳ mars suivant, on le revend et on laisse l’argent dormir jusqu’au 1ᵉʳ août d’après. Puis on recommence. Aucune condition, aucun seuil, aucune exception : c’est tout l’intérêt d’une règle de calendrier, et c’est ce qui la rend testable.
Le premier achat a lieu le 1ᵉʳ août 1990, la dernière vente le 2 mars 2026. Entre les deux, trente-six cycles complets. Un trente-septième est ouvert — l’or a été acheté le 3 août 2026 à 4 033,70 $ — mais il n’est pas soldé, et une position qu’on n’a pas vendue n’a pas encore de performance : il est écarté du décompte.
Face à cette règle, la comparaison qui compte n’est pas « l’or monte-t-il entre août et mars ? » mais « vaut-il mieux faire cela que ne rien faire ? ». Les deux stratégies partent donc du même cours, le 1ᵉʳ août 1990, s’arrêtent au même, le 2 mars 2026, et lisent exactement les mêmes cotations. La saisonnière se contente d’ignorer ce qui se passe les cinq mois où elle est sortie.
La saison semble exister… en moyenne
Et au premier regard, elle fonctionne. Sur les trente-six cycles, vingt-quatre sont gagnants, soit deux sur trois. Le cycle moyen rapporte +6,07 %, le cycle médian +3,59 %. Les cinq mois laissés de côté, eux, ne rapportent que +2,56 % en moyenne et +0,28 % en médiane : un passage sur deux tout juste positif, dix-huit sur trente-cinq.
Ramenés à l’année, les sept mois tenus en portefeuille valent +10,62 % et les cinq autres +6,26 %. L’écart va bien dans le sens de la règle. Le problème est ailleurs : +6,26 % par an, ce n’est pas rien, et c’est précisément ce que la stratégie refuse de toucher.
Sur les 427 mois de la période, elle n’est investie que 252 — sept mois sur douze. Les 175 autres, son capital ne travaille pas. Un actif qui monte en moyenne dans les deux saisons punit toujours celui qui s’absente d’une des deux, même de la moins bonne : c’est l’arithmétique des intérêts composés, et c’est tout l’écart entre ×6,55 et ×13,42.
Il aurait fallu 5 % par an sur les liquidités
L’objection vient d’elle-même : entre mars et août, l’argent n’est pas obligé de dormir. Placé sur un support rémunéré, il rapporte quelque chose, et le calcul change.
Il change moins qu’on ne l’espère. À 2 % par an sur les liquidités, la stratégie monte à ×8,75 et +6,28 % par an : toujours derrière. Le point d’équilibre se situe à 5,04 % par an, nets, obtenus sans risque, cinq mois par an pendant trente-six ans. Un taux qui a existé au début des années 1990 et qui a disparu pendant la décennie qui a suivi la crise de 2008 ; en moyenne, sur la période, le sans-risque en dollars est resté bien en dessous.
Et ce seuil est encore flatteur, parce qu’il ignore ce que la règle coûte à appliquer : trente-six allers-retours, soixante-douze ordres, chacun avec son écart entre le prix d’achat et le prix de vente, ses frais de courtage ou de garde, et une vente qui est presque partout un événement imposable. Rien de tout cela n’est retiré des chiffres de cette page. L’écart réel est donc plus large que celui qu’elle montre, pas plus serré.
Et surtout : cette saison n’en est peut-être pas une
Jusqu’ici la règle perdait la course, mais l’écart entre les deux saisons semblait réel. Il ne résiste pas à l’examen.
Mois par mois, l’or gagne en moyenne 0,822 % pendant les sept mois de « saison » et 0,493 % pendant les cinq autres. L’écart est de trois dixièmes de point par mois — pour un écart-type de 3,89 % et 4,12 % respectivement. Autrement dit, la dispersion d’un mois ordinaire est douze fois plus grande que l’effet cherché. Le test de Welch sur la différence des deux moyennes donne un t de 0,83 : très loin du seuil à partir duquel on écarte le hasard. Sur trente-six ans de cours, cette saison ne se distingue pas du bruit.
La répartition dans le temps dit la même chose, plus crûment. Le cycle moyen vaut −1,56 % dans les années 1990, +13,90 % dans les années 2000, +1,22 % dans les années 2010 et +13,81 % depuis 2020. La règle n’a pas marché une décennie sur deux : elle a marché pendant les marchés haussiers de l’or, et elle est restée plate le reste du temps. Dans les deux décennies où elle a brillé, les mois hors saison étaient positifs aussi — +4,94 % et +6,54 % en moyenne par passage. Ce que la stratégie a capté, ce n’est pas une saison : c’est une tendance, et elle en a capté sept douzièmes.
Dernier détail, et il est savoureux : août est le mois le moins fiable des sept. C’est le seul dont la médiane soit négative (−0,25 %), celui qui compte le moins de hausses — seize sur trente-six — et sa moyenne de +0,25 % tient à une poignée d’exceptions plutôt qu’à l’ordinaire. Les trois bons mois de l’or sur la période sont décembre (+1,76 %), janvier (+1,29 %) et septembre (+1,15 %). Acheter le 1ᵉʳ août, c’est donc entrer juste avant le moment le plus incertain de la saison qu’on cherche à exploiter, pour en attraper le cœur un mois plus tard.
Ce que la règle achète vraiment : du calme
Elle n’est pas pour autant sans effet, et son effet est ailleurs que là où on l’attend. Hors du marché cinq mois par an, le portefeuille saisonnier encaisse moins de secousses : sa volatilité annualisée est de 10,45 % contre 13,81 %, et sa plus forte baisse de −27,04 % contre −40,68 %.
Les deux ont souffert du même épisode — la longue descente de l’or entre 2011 et la fin de 2015 — mais pas de la même hauteur. Celui qui est resté investi a vu son capital fondre de plus de 40 % et a dû attendre des années pour revoir son point de départ ; le saisonnier a perdu un quart. Pour qui mesure le risque à ce qu’il faut supporter sans vendre, ce n’est pas un détail.
Mais même sur ce terrain, la règle ne prend pas l’avantage : rapportée à sa volatilité, sa performance annualisée donne 0,52, contre 0,55 pour l’achat suivi d’oubli. Elle réduit le risque et la performance dans à peu près la même proportion. Qui cherchait exactement cela l’obtient plus simplement en détenant moins d’or.
Les deux cycles qu’on retiendra
Le meilleur est celui de 2007 : acheté à 664,12 $ le 1ᵉʳ août 2007, l’or valait 968,42 $ le 1ᵉʳ mars 2008, soit +45,82 % en sept mois — la ruée vers l’or des premières secousses de la crise financière. Le suivant, août 2008 à mars 2009, rapporte encore +10,13 % alors que les marchés d’actions s’effondrent.
Le pire est celui de 2020 : acheté à 1 967,00 $ le 1ᵉʳ août 2020, soit à quelques jours du sommet historique de l’époque, revendu à 1 731,00 $ le 1ᵉʳ mars 2021, −12,00 %. La règle de calendrier ne regarde pas le cours : elle achète aussi les sommets.
Les douze cycles perdants sont ceux de 1990, 1991, 1992, 1996, 1997, 2000, 2011, 2012, 2013, 2014, 2016 et 2020. Cinq d’affilée ou presque entre 2011 et 2016 : quand l’or baisse, la saison ne protège de rien.
Les trente-six cycles, un par un
| Cycle | Achat | Vente | Performance |
|---|---|---|---|
| 1990 | 394,57 $ | 363,33 $ | −7,92 % |
| 1991 | 356,55 $ | 344,20 $ | −3,46 % |
| 1992 | 343,34 $ | 328,76 $ | −4,25 % |
| 1993 | 379,52 $ | 384,05 $ | +1,19 % |
| 1994 | 379,94 $ | 382,22 $ | +0,60 % |
| 1995 | 383,28 $ | 396,22 $ | +3,38 % |
| 1996 | 384,88 $ | 352,12 $ | −8,51 % |
| 1997 | 323,95 $ | 295,40 $ | −8,81 % |
| 1998 | 284,10 $ | 285,90 $ | +0,63 % |
| 1999 | 256,80 $ | 286,37 $ | +11,51 % |
| 2000 | 274,49 $ | 263,15 $ | −4,13 % |
| 2001 | 272,48 $ | 294,23 $ | +7,98 % |
| 2002 | 310,05 $ | 340,94 $ | +9,96 % |
| 2003 | 360,05 $ | 406,81 $ | +12,99 % |
| 2004 | 400,19 $ | 433,87 $ | +8,42 % |
| 2005 | 437,95 $ | 557,34 $ | +27,26 % |
| 2006 | 632,41 $ | 653,21 $ | +3,29 % |
| 2007 | 664,12 $ | 968,42 $ | +45,82 % |
| 2008 | 839,12 $ | 924,15 $ | +10,13 % |
| 2009 | 949,12 $ | 1 113,00 $ | +17,27 % |
| 2010 | 1 215,00 $ | 1 424,00 $ | +17,20 % |
| 2011 | 1 787,00 $ | 1 662,00 $ | −6,99 % |
| 2012 | 1 627,00 $ | 1 597,00 $ | −1,84 % |
| 2013 | 1 391,00 $ | 1 294,00 $ | −6,97 % |
| 2014 | 1 286,00 $ | 1 183,00 $ | −8,01 % |
| 2015 | 1 135,00 $ | 1 232,00 $ | +8,55 % |
| 2016 | 1 311,00 $ | 1 243,00 $ | −5,19 % |
| 2017 | 1 285,00 $ | 1 329,00 $ | +3,42 % |
| 2018 | 1 200,00 $ | 1 299,00 $ | +8,25 % |
| 2019 | 1 520,00 $ | 1 577,00 $ | +3,75 % |
| 2020 | 1 967,00 $ | 1 731,00 $ | −12,00 % |
| 2021 | 1 814,00 $ | 1 958,00 $ | +7,94 % |
| 2022 | 1 746,00 $ | 1 964,00 $ | +12,49 % |
| 2023 | 1 921,00 $ | 2 233,00 $ | +16,24 % |
| 2024 | 2 497,00 $ | 3 109,70 $ | +24,54 % |
| 2025 | 3 960,50 $ | 5 294,40 $ | +33,68 % |
Ce que ce test ne dit pas
Il ne dit rien de ce que fera l’or. Trente-six cycles et quatre cent vingt-sept mois, c’est de quoi écarter un effet franc, pas de quoi en établir un faible : si une saisonnalité de l’or existe, elle est plus petite que ce qu’un historique de trente-six ans permet de voir.
Il ne dit rien non plus des autres bornes de calendrier. Nous avons testé la règle telle qu’elle est formulée — 1ᵉʳ août, 1ᵉʳ mars — et pas les cent trente et une autres paires de mois possibles. En chercher la meilleure sur les mêmes trente-six ans en trouverait forcément une qui écrase l’achat simple : ce serait le résultat du tri, pas celui du marché. C’est exactement pour cela que nous n’avons pas cherché.
Enfin, tout est calculé en dollars, devise de cotation de l’or. Pour un investisseur qui compte en euros, les deux stratégies subiraient en plus les variations de change — à des moments différents, puisqu’elles n’entrent pas et ne sortent pas aux mêmes dates.
Questions fréquentes
La saisonnalité de l’or existe-t-elle ?
Pas de façon mesurable sur 1990-2026. Les mois d’août à février rapportent 0,822 % en moyenne contre 0,493 % pour mars à juillet, mais l’écart-type mensuel est de près de 4 % : le test de Welch donne un t de 0,83, soit un écart indiscernable du hasard.
Combien la stratégie a-t-elle rapporté par rapport à l’achat simple ?
×6,55 contre ×13,42 du 1ᵉʳ août 1990 au 2 mars 2026, soit +5,42 % par an contre +7,57 %. 1 000 $ seraient devenus 6 552 $ au lieu de 13 418 $.
Pourquoi perd-elle alors que deux cycles sur trois sont gagnants ?
Parce que les cinq mois qu’elle passe hors du marché rapportent aussi, +2,56 % par passage en moyenne. Renoncer à 41 % du temps de détention d’un actif qui monte dans les deux saisons coûte plus que ce que l’évitement de la mauvaise saison fait gagner.
Et si les liquidités étaient placées entre mars et août ?
À 2 % par an, la stratégie atteint ×8,75 : encore derrière. Il aurait fallu 5,04 % par an nets et sans risque, cinq mois par an pendant trente-six ans, pour égaler le simple achat — hors frais et hors impôt.
La stratégie a-t-elle au moins réduit le risque ?
Oui : volatilité annualisée de 10,45 % contre 13,81 %, et plus forte baisse de −27,04 % contre −40,68 %. Mais elle réduit la performance dans la même proportion — 0,52 de performance par point de volatilité, contre 0,55.
Le mois d’août est-il un bon moment pour acheter de l’or ?
C’est le moins fiable des sept mois de la prétendue saison : le seul dont la médiane soit négative (−0,25 %), et seize mois positifs sur trente-six. Les trois meilleurs mois de l’or sur la période sont décembre, janvier et septembre.
Méthode et sources
Cours de l’or au comptant (contrat GC=F), en dollars, lus depuis l’API publique de Finamax le 12 octobre 2026. Chaque mois est représenté par sa première cotation connue, la convention de /api/prices : avant 2026 la base ne conserve qu’un point mensuel, daté du 1ᵉʳ du mois, et une partie de ces dates tombe un jour où aucune place ne cote. Les lignes datées d’un jour de fermeture générale sont écartées lorsque le mois porte de vraies séances par ailleurs ; un mois qui n’a qu’un point le garde.
Les deux stratégies sont évaluées sur la même fenêtre, du 1ᵉʳ août 1990 au 2 mars 2026, et sur les mêmes points. Les liquidités ne rapportent rien sauf mention contraire — l’hypothèse la plus défavorable à la stratégie saisonnière, donc la seule qu’on puisse lui opposer sans la flatter. Ni frais de transaction, ni droits de garde, ni impôt ne sont déduits.
Performance annualisée, volatilité et plus forte baisse sont calculées par shared/financeMath.js, le module dont le comparateur du site tire ses propres indicateurs. Le backtest lui-même est dans shared/seasonalBacktest.js et le rapport se régénère avec node scripts/backtest-seasonality.js --symbol "GC=F" --entry 8 --exit 3.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cette page est une analyse de données historiques et ne constitue pas un conseil en investissement.